Celle que les gazettes appelaient déjà depuis quelques années la «sociologue du quotidien» s’est subrepticement muée en moraliste des années 00. Vous savez, cette ère dont l’imaginaire riant camoufle de plus en plus mal un réel plutôt flippant. Cette époque toute bizarre où chacun est invité à se prétendre trop libre d’être lui-même dans sa tête, mais qui dans les faits n’a jamais autant croulé sous les injonctions absurdes : soit cool et performant ! Bio mais connecté ! Citoyen très concerné par le débat politique mais voyeuriste surinformé du vaudeville élyséen. Autant de diktats qu’Anne Roumanoff, regard perspicace et humour vache, s’entend à tourner en dérision, avec une aisance burlesque qu’on ne lui connaissait pas.
Ce qui a changé ? Elle vous l’a déjà dit : il lui est arrivé un truc auquel elle ne s’attendait pas du tout, elle a eu 40 ans. Un âge où, souvent, on s’arrête, épuisé de courir après les images, où on commence à s’accepter tel que l’on est et donc à mieux regarder autour de soi. Forcément, ça détend. Hey, semble nous dire Anne Roumanoff : je crois bien que je suis devenue qui j’étais ! Je veux dire : j’assume ! Je flippe et je m’énerve ! Je foire, je me révolte et j’espère ! Je le reconnais : c’est bien moi et c’est même ce que j’ai de plus précieux. Voilà, c’est tout simple, mais de ces moments de vérité, Anne Roumanoff tire une énergie comique nouvelle. Elle se découvre ainsi une liberté de mouvement qui, de prises de risques en expériences inédites, en aura surpris beaucoup, et nous feront rire encore.
Philippe Nassif
On peut rire de tout ?
« Dans la vie, je pense qu’on peut rire de tout, dans toutes les situations, les pires soient-elles. Sur scène, c’est différent, c’est à chaque humoriste de se fixer ses propres limites. Dieu merci on vit en démocratie, dans un pays libre. En tout cas on ne peut pas faire rire avec des choses qui ne nous font pas rire. Mais ça devient un peu ennuyeux quand on réfléchit sur l’humour comme ça, non ? Je trouve que l’humour c’est comme les grenouilles, ça meurt pendant la dissection. Le rire c’est une émotion, il y a un côté spontané, on ne peut pas tout expliquer, tout analyser et heureusement. »